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Photo de Robert Deymier

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Photo de Tony Cutillas

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kiosque mistral 1  kiosque billes 1

kiosque vichy 1  Kiosque reglisse 1

                                                                 

 

Le kiosque de Robert 

 

            Au moins deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche matin, la devanture du « kiosque de Robert » bruissait des voix d’enfants et d’adolescents. L’intérêt des conversations portait sur le choix des bonbons à acheter.

            Car Robert Thiel, grand mutilé de la Seconde Guerre Mondiale titulaire de la croix de guerre, tenait depuis le 1er. Juin 1955 un édicule ouvert sur la place de la mairie, en face du bar de « l’Hôtel de Ville » le long du bief longeant la rue. Au commencement, il avait loué cet endroit à la commune de Sorgues, pour une durée de neuf années, en ayant l’intention de simplement vendre des billets de la loterie nationale[1]. Ensuite, il avait étendu son activité au commerce des bibelots, des glaces, des bonbons et des boissons non alcoolisées. Il disait fréquemment « il y a beaucoup d’enfants ou de jeunes gens qui achètent des bonbons ou des boissons, tandis que la loterie, il y a des jours où ça marche et puis des jours ou je n’arrive pas à faire un seul billet ! Le jeudi après-midi avec les enfants ou le dimanche matin après la sortie de la messe, les croqueuses et les croqueurs de bonbons s’attroupent devant mon étal. »

            Ce kiosque bâti sous un platane, de couleur blanche, formait un quadrilatère régulier, avec deux murs pleins et deux murs agrémentés, l’un d’une large fenêtre, l’autre d’une porte vitrée communiquant avec la place. Il supportait un léger toit plat.

            Robert Thiel, tout le monde connaissait son visage, il ressemblait à l’acteur Darry Cowl en plus épais. Nous savions tous qu’il avait été militaire de carrière et qu’il habitait avenue Floret. Ce que l’on savait moins, c’était qu’il était né, en 1916, dans le village allemand de Machern devenu à la fin des hostilités Macheren département de la Moselle, et que sa vie matrimoniale avait été tumultueuse, il s’était marié trois fois.

            Son activité commerciale lui avait donné le goût de la collection de vieux billets de loterie. On ne pensait guère à ce genre-là, lui, sa curiosité en éveil lui avait permis d’accumuler un nombre important de ces petits titres rectangulaires.

            Lorsqu’un groupe d’enfants faisaient des stations prolongées devant la devanture du marchand de bonbons, on ne se doutait pas que parmi les garnements quelques un inventaient un stratagème pour dérober les friandises sans payer. Robert Thiel, madré compère, ne se laissait pas surprendre, mais comme l’imagination de ses jeunes clients était fertile et que les stratagèmes sont innombrables, il lui arrivait de tomber dans les pièges tendus. Ces duperies le rendaient rouge de colère, de son moignon de bras il en tapait violemment l’étal au milieu des boîtes d’attrapes et de celles garnies de bonbons. Il lui arriva de briser le verre.

            Pendant neuf ans il fut vendeur de billets de la loterie nationale et dans le désordre livres, bibelots, glaces et même des « articles d’enfants défendus par la loi (sic)» Le 8 juin 1963, le maire en séance du conseil demanda de ne pas renouveler le bail à l’échéance du 30 juin 1964 « l’installation de ce kiosque a toujours soulevé des polémiques… » déclara-t-il. « De plus, il nuisait à l’esthétique des lieux. ».Derrière cette décision se cachait l’hostilité jalouse qu’éprouvaient deux commerçants à l’égard de Thiel. Ils ne supportaient pas de le voir jouir d’un avantage géographique qu’ils ne possédaient pas.

Quant à Robert Thiel, il est décédé à Saint-Laurent du Var le 27 octobre 2003.

 

 Le souvenir de cette époque exerce encore une forte influence sur ceux qui ont à l’heure actuelle quelques cheveux blancs. Les gamins de dix ans d’alors que ne donneraient-ils pas aujourd’hui pour revoir cet édicule et son propriétaire ! Pour mémoire, sur une idée de Charles Valenti, François Quinonero en a composé le poème ci-dessous.             

 

 

       Raymond Chabert

 

 

 

 

 Septembre  2009……… à mon ami Charles

 

             Le kiosque

  

Il était une fois un  kiosque à Sorgues,

Tout petit, mais qui reste très grand dans nos cœurs.

Il rassemblait bien des enfants avant l’école,

Comme n’aurait pu le faire personne ailleurs.

 

Robert Thiel, le capitaine de cet îlot,

Et nous auprès de lui comme son équipage,

Partions tous à la recherche dans ce cachot,

Des friandises tant convoitées à notre âge.

 

Le chef, mutilé de guerre avait cette main

« De fer dans un gant de velours » pour les enfants,

Toujours prête à prendre au vol  le petit malin,

Il n’eut jamais de vitres brisées pour autant !

 

 Les mistrals gagnants aux surprises soudaines,

Les coco boërs dans des boîtes de couleurs

Au goût anisé des senteurs d’îles lointaines,

Charmaient notre palais de toutes leurs saveurs.

 

Il y avait aussi ces coquilles de mer,

Les roudoudous aux caramels acidulés.

Des billes, des agates, des boulards; nos mères

Craignant pour nos poches, nous cousaient des sachets.

 

 Les capsules en hostie aux couleurs très claires,

Ces biberines restées dans le langage

Nous expulsaient sous le nez leur poudre légère.

Une île aux  trésors  pour pirates de passage !

 

Les billets des « gueules cassées » faisaient rêver

Que l’île du bonheur se trouvait déjà là.

Les têtes de nègres et malabars à mâcher,

Virent débarquer coca et orangina.

 

Parfois le chef de ce repère s’absentait

Pour s’occuper de son équipe de ballon

Dont il était fier; au point qu’il en oubliait

L’ardoise que certains lui laissaient sur le fond.

 

Nous fîmes avec lui un voyage de dix ans,

De l’âge d’enfant à celui d’adolescent.

On le tutoyait avec un respect présent,

C’était presque au final « le vieil homme et l’enfant ».

 

Lorsque des fois, je passe sur ces lieux d’antan,

Je cherche toujours ce kiosque disparu

Et qui avec son capitaine dans le temps,

Au fond de la mer des oublis se sont perdus.

 

Ballottés par la  vie aux grés de ses courants,

L’équipage s’est dispersé aux quatre vents.

Mais, nostalgiques ils se rencontrent tous les ans !

                                                                                                                                                                                                                                                                       F.Quino

 

  

 

 

 

 

         

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